L’image classique du Français qui laisse tout sur son Livret A ne suffit plus pour résumer la réalité actuelle. Le niveau d’épargne reste élevé, l’Insee estime le taux d’épargne à environ 18,9 % du revenu au deuxième trimestre 2025, l’un des niveaux les plus hauts depuis les années 1970. Mais la façon dont cet argent est réparti entre livrets, assurances, immobilier et actifs risqués évolue en douceur.
Dans le même temps, l’inflation a nettement ralenti. En 2024, la hausse moyenne des prix a été d’environ 2 %, après près de 5 % en 2023, selon le dossier officiel du ministère de l’Économie qui compile les données de l’Insee. En 2025, l’inflation sous-jacente tourne autour de 1,2 % à la mi-année.
Pour beaucoup d’épargnants, cela change le calcul. Avec la baisse progressive des taux des livrets, certains produits continuent de protéger le pouvoir d’achat, d’autres paraissent moins évidents. La France combine donc son vieux réflexe de sécurité avec un appétit plus marqué pour les actions, les SCPI et, pour une minorité, les cryptoactifs.
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ToggleDu Livret A à la poche de risque: quand la sécurité ne suffit plus
Le point de départ reste l’épargne réglementée. Fin 2024, l’encours total de ces produits Livret A, LDDS, LEP et assimilés atteignait 956 milliards d’euros, soit environ 15 % de l’ensemble du patrimoine financier des ménages, d’après le rapport annuel de la Banque de France publié en juillet 2025.
À lui seul, le Livret A concentrait 432 milliards d’euros, confirmant son rôle de coffre-fort standard pour le Français moyen. Mais sa rémunération a changé de dimension. Après une période à 3 %, le gouvernement a annoncé deux baisses successives en 2025. Depuis le 1er août, le Livret A rapporte 1,7 % par an et le LEP, réservé aux revenus plus modestes, 2,7 %, comme le détaille le ministère de l’Économie.
Selon la Banque de France, l’objectif est de maintenir un taux d’intérêt légèrement supérieur à l’inflation, mais le message perçu par une partie des épargnants est différent. Avec une inflation annuelle autour de 2 % en 2024 et inférieure à 1 % certains mois de 2025, le gain réel redevient positif, mais reste modeste.
Cela produit deux effets. Le premier, c’est que l’épargne de précaution reste majoritairement sur les livrets, mais que le flux net commence à ralentir. Au premier trimestre 2025, on a même observé une légère décollecte sur les livrets réglementés, tandis que d’autres produits à taux fixe perdaient de la vitesse. Le deuxième effet est psychologique.
Avec un Livret A revenu à des niveaux historiquement bas, l’idée progresse qu’il doit représenter le rez-de-chaussée du portefeuille, et non l’immeuble entier. En parallèle, l’offre de placements risqués est devenue beaucoup plus accessible.
Applications de courtage, plateformes 100 % digitales et même banques traditionnelles poussent désormais les produits boursiers, les ETF thématiques et, de plus en plus, les cryptoactifs. Pour de nombreux jeunes épargnants français, laisser tout son argent sur un livret à 2 % par an ne semble plus suffisant lorsqu’on regarde des horizons de 10 ou 20 ans.
C’est à ce moment-là qu’apparaît la poche de risque. Dans les générations les plus jeunes, il devient courant de garder quelques milliers d’euros sur le Livret A, de compléter avec un contrat d’assurance-vie et de réserver une part plus réduite du patrimoine à des actifs volatils.
Dans cette partie entrent les actions, les SCPI et, pour ceux qui acceptent de fortes variations en échange d’un potentiel de rendement plus élevé, la possibilité d’acheter une crypto prometteuse pour 2025 choisie pour le long terme, en analysant le projet, la liquidité et le cadre réglementaire.
Le raisonnement ne porte plus sur tout ou rien, mais sur la proportion de l’épargne qu’il paraît pertinent d’exposer à des actifs qui montent et descendent fortement pour essayer d’augmenter le rendement annuel.
L’idée, pour cet investisseur, est d’utiliser les livrets et l’assurance-vie comme coussin stable, tandis que la partie allouée aux actions, à l’immobilier fractionné et aux cryptomonnaies a pour mission de chercher de la croissance, en gardant cette poche adaptée à son propre appétit pour le risque.
Assurance-vie et PEA: le deuxième étage de l’épargne française
Si les livrets restent la base, l’assurance-vie s’impose comme le produit privilégié pour structurer des projets de moyen et long terme. Début 2025, l’encours total des contrats d’assurance-vie se situait autour de 2 020 milliards d’euros, selon les données de France Assureurs.
En septembre 2025, France Assureurs faisait état de 14,9 milliards d’euros de cotisations pour le seul mois, soit une hausse de 20 % par rapport à septembre 2024, avec une progression à la fois sur les fonds en euros et sur les unités de compte. Ce qui frappe, c’est la manière dont la structure de ces contrats évolue.
En 2016, seulement 20 % des cotisations étaient dirigées vers des unités de compte plus exposées aux actions, SCPI, ETF et private equity; en 2024, cette part atteignait déjà 38 %, selon ces mêmes données. Cela montre que, même au sein d’une enveloppe familière et fiscalement avantageuse, les épargnants français acceptent davantage de risque pour viser un rendement supérieur à celui des livrets.
Les rendements moyens des fonds en euros tournent autour de 2,5 % à 3 % par an, tandis que les portefeuilles plus fortement pondérés en UC peuvent, selon l’allocation, dépasser 4 % ou 5 % lors des bonnes années, comme le rappelle le rapport de l’Observatoire des produits d’épargne de la Banque de France.
Le PEA joue un rôle similaire pour ceux qui souhaitent aller plus loin en actions et ETF, avec des avantages fiscaux sur des horizons longs. Le baromètre de l’Observatoire de l’épargne de l’AMF, publié en janvier 2025, indique que 12 % des Français qui prévoient de continuer à épargner dans les prochains mois envisagent des investissements financiers tels que les actions et les fonds, mais cette proportion grimpe à 19 % chez les moins de 35 ans.
Une autre étude montre que 53 % des jeunes de moins de 35 ans déclarent envisager d’investir en actions cotées, contre 42 % en 2023. Le message, c’est que l’étage intermédiaire de l’épargne française est en train de passer de produits purement garantis à des instruments qui combinent sécurité et exposition aux marchés.
Brique, SCPI et autres actifs réels: la diversification devient concrète
La tradition immobilière reste très présente. La résidence principale continue d’occuper une place centrale dans l’imaginaire de sécurité patrimoniale, mais le cycle de taux d’intérêt plus élevés en 2023 et 2024 a renchéri le crédit et refroidi une partie des projets d’achat. En 2025, avec des taux qui se normalisent progressivement, le sujet revient sur la table, mais avec davantage de prudence.
Les biens immobiliers physiques offrent un potentiel de rendement brut de l’ordre de 3 % à 6 %, selon la localisation et le type de bien, avec toutefois une vacance locative, des charges et une fiscalité qui varient au cas par cas. Pour beaucoup de Français, l’alternative passe par les SCPI. En 2024, le rendement moyen officiel des SCPI toutes catégories confondues s’est établi à 4,72 %, selon le communiqué ASPIM-IEIF de février 2025 qui agrège les taux de distribution du marché.
Le Revenu rappelle que ce niveau est relativement stable depuis 2021, autour de 4,5 % par an, malgré des corrections de prix sur certains segments de bureaux. Les SCPI diversifiées et orientées santé se montrent particulièrement résilientes pour les épargnants qui approchent de la retraite.
Ce type d’actif illustre bien la logique de 2025. Beaucoup de Français acceptent de renoncer à une liquidité immédiate en échange d’un revenu relativement stable, à condition que la diversification soit réelle. Au lieu de concentrer tout le capital dans un seul bien locatif, l’investisseur achète des parts de dizaines d’immeubles via des SCPI, le plus souvent logées dans un contrat d’assurance-vie.
Au final, le portefeuille combine des livrets pour les imprévus, des contrats d’assurance-vie pour les projets de moyen et long terme et des actifs réels pour chercher un rendement supérieur à l’inflation, en assumant le risque de long terme du marché immobilier.
Cryptoactifs: petite pièce, grand débat dans le portefeuille français
Si l’immobilier, l’assurance et les actions sont bien installés, les cryptoactifs gardent une place plus réduite, mais très visible, dans la discussion sur la diversification. L’édition 2025 de l’étude de l’Adan, réalisée avec Deloitte et Ipsos, montre que 10 % des Français détiennent actuellement au moins un cryptoactif, contre 12 % en 2024, soit environ 5,5 millions de personnes.
Dans le même temps, 33 % des personnes interrogées déclarent envisager d’acheter des cryptos en 2025, soit un bond de 10 points par rapport à 2023. Ce paradoxe apparent, léger recul de la détention mais forte hausse de l’intention, reflète un marché qui a quitté la phase d’euphorie pour entrer dans une phase de consolidation.
Selon la même étude, 13 % des Français ont déjà détenu des cryptos à un moment donné, 9 % en possèdent encore et 7 % sont considérés comme des détenteurs actifs. Une autre synthèse, publiée par Traders Union, souligne que 94 % de ces détenteurs actifs envisagent d’augmenter leurs investissements au cours de l’année, malgré la volatilité.
Le profil est net. Majorité d’hommes, forte présence des 18–34 ans et surreprésentation des catégories socio-professionnelles les plus élevées, comme le souligne l’Adan. L’AMF observe de son côté que 7 % des Français qui prévoient d’épargner dans les prochains mois envisagent d’investir en cryptos, proportion qui atteint environ 10 % chez les moins de 35 ans.
Cet enthousiasme explique pourquoi, dans la même allocation qui comprend un Livret A à 1,7 % et une assurance-vie multisupport, certains épargnants réservent une petite fraction de leur capital aux cryptomonnaies, qu’elles soient liées à l’infrastructure, à la finance décentralisée ou à de nouveaux usages Web3.
Trois façons très françaises d’organiser son épargne en 2025
Lorsqu’on met tous ces éléments côte à côte, on voit bien que le Français de 2025 n’a pas abandonné le Livret A, mais a cessé de le considérer comme la réponse unique. Il existe un profil qui reste ultra-prudent, garde la plus grande partie de son épargne sur des livrets réglementés et, éventuellement, dans un contrat d’assurance-vie investi surtout en fonds en euros, satisfait à l’idée de capter un peu plus que l’inflation avec un minimum de surprises.
On trouve aussi l’épargnant équilibré, qui constitue une réserve de sécurité sur des produits garantis, organise l’essentiel de son patrimoine dans une ou plusieurs assurances-vie diversifiées, ajoute un PEA avec des ETF mondiaux ou des actions françaises et, lorsque le patrimoine grossit, envisage un complément immobilier via des SCPI.
Pour ce groupe, les chiffres de la Banque de France sur l’encours de l’épargne réglementée, les données de France Assureurs sur l’assurance-vie et les statistiques de l’ASPIM sur les SCPI jouent presque le rôle de tableau de bord macro de leur propre portefeuille.
Enfin, apparaît la figure du digital risk-taker, plus jeune, plus à l’aise avec les applications d’investissement et avec la volatilité au quotidien. Lui aussi a son Livret A, mais surtout comme tampon; l’essentiel de sa mise se trouve dans un PEA bien fourni, une assurance-vie avec une large part d’unités de compte, quelques parts de SCPI et, dans de nombreux cas, une allocation modeste en cryptoactifs.













